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Le silence ne devient signe que si on le fait parler1
Marie-Lorraine Pradelles-Monod
Des Études sur l’hystérie2 jusqu’à Constructions dans l’analyse3, on peut être surpris par la répétition d’un énoncé, à la fois toujours semblable et cependant jamais identique. Un peu à la manière d’une pulsation traversant ses écrits, à travers une formulation de plus en plus ramassée, Sigmund Freud explore la question de la résistance et rend compte de la découverte de l’inconscient. La question du silence du patient, du conflit qu’il sous-tend, est au cœur de son travail. Au fur et à mesure de ses écrits, Freud passe de paroles restituées dans le cadre d’une séance, à une forme de généralisation qui efface le côté singulier de l’expérience analytique, pour se dépouiller de toute référence à une cure particulière.
Dans Études sur l’hystérie, c’est sur le fil d’un silence, véritable « substance parolante4 », chargé d’implicite et devenu pour lui un signe à faire parler5, que Freud écrit le récit de ses histoires de malades. Il nous décrit, sous la forme d’une mise en scène, la manière dont « ses malades » tentent de contrecarrer les « pièges » de la parole en essayant de garder le silence. Il s’agit donc, pour lui, d’arriver à déjouer leur silence. Il en attend un « aveu ». Le but de ses malades est d’arriver à déjouer les efforts de Freud quant à cet aveu. L’analyse des énoncés, tels que Freud les construit en direction de ses lecteurs, met en relief les différentes façons dont les malades s’y prennent pour écarter…, contourner…, désavouer…, nier…, l’idée attendue.
Cependant, parmi les scènes dans lesquelles Freud occupe une position de maîtrise, s’esquissent les indices d’une nouvelle position : Freud accepte de laisser un espace de parole à sa/ses patientes. Le silence change de camp.
Silence et contrainte : « un terrorisme de la question6 ? »
Au début de sa pratique, Freud reçoit une jeune femme, Miss Lucy R. poursuivie par des sensations olfactives d’« entremets brûlé ». À cet endroit du récit du cas, Freud ouvre une grande parenthèse dans laquelle il expose ses raisons qui l’amènent à abandonner l’hypnose au profit de la méthode d’association libre. Il se base alors sur une réflexion de Bernheim pour qui « les souvenirs du somnambulisme ne sont oubliés à l’état de veille qu’en apparence et se laissent à nouveau rappeler par une légère exhortation reliée à un geste de la main7 », il l’érige en « modèle ».
S’instaure alors entre Freud et « ses malades » un conflit assez loin on peut le dire de toute neutralité bienveillante : une volonté contre une autre volonté. Freud nous livre la manière dont il « oblige » nötigt le malade à se souvenir, procédant sous forme d’interrogatoire, à une série de questions précises mettant en jeu temps et lieu : « depuis quand » a-t-il tel symptôme ? « D’où provient-il ? » Question que l’on peut entendre comme : d’où tire-t-il son origine. À quoi fait référence cette dernière interrogation : à un moment de l’histoire du patient ? à un événement ? à un lieu psychique ? Peut-on la saisir comme le premier terme d’un mouvement associatif ? Devant cette investigation, le patient manifeste son ignorance : « Cela je ne le sais vraiment pas8 », formulation que Freud entend comme une dérobade : je sais qu’il sait. Il s’agit de lui extorquer erzwingen (forcer, obtenir de force) ce souvenir par une pression sur le front, l’arrêt du geste devant provoquer de façon indiscutable la survenue de « quelque chose », d’une « idée incidente » Einfall, (qui lui est tombé dessus) en rapport direct avec le symptôme9. « C’est cela que nous cherchons10 ».
Les réactions des malades sont rapportées sous l’aspect de deux réponses possibles, au style direct, entre guillemets. Par cette présentation sous forme de paroles restituées, Freud crée ainsi un malade fictif qui représente « l’ensemble patient », aux prises avec un conflit et la façon dont il le « gère », comme si quel que soit le chemin singulier d’une analyse, chaque patient devait rencontrer cependant ce conflit fonctionnant comme passage obligé.
Ne pas vouloir dire
Que dit « le malade » ? Ou plutôt comment sa réponse est-elle construite par Freud ?
1. Ja, das habe ich schon beim ersten Male gewußt, aber gerade das habe ich nicht sagen wollen.
Oui, cela je l’ai déjà su dès la première fois, mais précisément cela je n’ai pas voulu le dire.
1a. oder ich habe gehofft, das wird es nicht sein11.
ou j’ai espéré que ce n’était pas cela
j’ai espéré, cela ne sera pas ça12.
Les deux segments de l’énoncé 1 présentent un parallélisme (même construction) Le pronom das « cela » (et sa dimension démonstrative), est provoqué par son antéposition dans les deux segments, l’adverbe gerade « précisément » venant renforcer dans le deuxième fragment cette insistance. Le malade finit par s’incliner confirmant la supposition de Freud : il sait.
La référence à un temps précis « déjà dès la première fois » inscrit les propos restitués dans le cadre d’une séance. Ce souvenir, cette idée, cette image, ne sont pas nouveaux. En toile de fond, se dessine la main de Freud et sa première pression, puis les pressions suivantes avant que l’information ne soit « extorquée » au patient.
Aber « mais » : le deuxième fragment introduit une objection sous la forme d’une intention délibérée. C’est volontairement que le patient a d’abord gardé le silence. Ce qu’il désirait, c’est « ne pas vouloir dire » à voix haute ce qui s’était présenté à son esprit. « Cela » est épinglé comme étant « précisément » ce qu’il faut écarter.
La deuxième proposition (1a), introduite par « ou », parait être une alternative. En fait, Freud propose deux formulations pour tenter de rendre compte de ce qu’il veut faire passer : la réaction du « malade » à l’idée surgie Einfall. Ce dernier formule un souhait qui, énoncé à la forme négative, porte sur l’être même de la pensée « que cela ne sera pas ça ». En restituant sous cette forme négative ce vœu, Freud pointe le mécanisme qui sous-tend, dans ce cas, l’usage de la négation : présentifier ce que l’on tente de faire disparaitre. La traduction littérale rend mieux compte du déroulé, dans le futur, qui sous-tend cette formulation laissant deviner les forces en lutte : « cela » qui est épinglé va quand même être « ça ».
*Écarter l’idée
Une nouvelle parenthèse s’ouvre à nouveau, dans le récit d’Élisabeth von R. En réponse au silence de sa patiente, Freud expose non pas sa technique de pression, mais l’intérêt d’une répétition de cette pression :
(…) ich wisse genau, es sei ihr etwas eingefallen, sie verheimliche es mir (…).
(…) je savais pertinemment qu’il lui était venu à l’idée quelque chose qu’elle voulait me dissimuler (…)13.
L’utilisation du pronom personnel exprime la situation transférentielle : c’est à Freud d’abord qu’Élisabeth cache quelque chose. Deux interprétations de ce silence sont proposées : soit l’idée, ou l’image survenue, était soumise à la critique de sa patiente comme n’étant d’aucune valeur, soit la crainte de sa communication lui était désagréable. Puis, comme il l’a fait pour le cas de Lucy, Freud rapporte ce qu’on peut considérer comme un fragment de séance : les paroles de sa patiente et sa propre intervention. Il nous présente ainsi, en style direct, un énoncé-type qui représente l’ensemble des énoncés d’Élisabeth sur le même thème :
Il arriva souvent qu’elle ne me fît une communication qu’après la troisième pression, mais elle ajoutait d’elle-même ensuite :
« Ich hätte es Ihnen gleich das erstemal sagen können14. »
« J’aurais pu le dire dès la première fois. »
On peut supposer que la précision apportée par l’expression « d’elle-même », est introduite en vue de réfuter l’idée que ces paroles auraient pu être l’effet d’une suggestion15.
« Eh bien pourquoi ne l’avez-vous pas dit tout de suite ? » « Ja, warum haben Sie es nicht gesagt16 ? »
Cette question, posée pratiquement sous la même forme que celle qu’il adresse à Lucy R : « Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit ? » « (…) warum haben sie es mir nicht gesagt17 ? » procède moins d’un interrogatoire que d’une invite à ce que sa patiente réfléchisse sur son silence. Dans le même temps, la vivacité de l’interrogation invite le lecteur à être attentif à ce que ce silence peut avoir de significatif.
2.Ich habe gemeint, es ist nicht das Richtige
j’ai pensé que ce n’était pas la bonne idée
2a. oder : ich habe gemeint, ich kann es umgehen, es ist aber jedesmal wiedergekommen.
ou : j’ai pensé que je pouvais l’éluder, mais chaque fois c’est revenu18.
Les deux énoncés sont introduits par un verbe d’opinion meinen. Le premier énoncé rapporte le point de vue de la malade et prend la forme d’une estimation concernant l’idée qui lui est venue. Celle-ci, apparemment, doit être écartée car elle n’est pas juste, mais par rapport à quoi ? À l’opinion que la malade se fait de ce que Freud attend qu’elle dise ? Ou bien comme Freud le précise plus haut, par rapport au fait que, selon la malade, la réponse n’aurait pas été appropriée à la question posée ? Il y a donc émergence d’une idée, estimation de celle-ci puis son écartement.
Ce mouvement de mise à l’écart est, pour Freud, un aveu : c’est bien l’idée attendue.
Le deuxième énoncé ne comporte pas de négation. Il y a bien reconnaissance et acceptation de l’idée, mais soutenue par une espérance, pouvoir la contourner, l’éluder, s’y dérober. L’idée insiste cependant. Le verbe umgehen indique le mouvement de la pensée qui tente de faire un détour, comme pour éviter une interrogation qui ne cesse de se reposer « chaque fois de nouveau ».
* Dé(s)-avouer une pensée
Le « malade fictif » se retrouve lorsque Freud se livre à la synthèse de ses conceptions concernant sa méthode thérapeutique dans le chapitre « Sur la psychothérapie de l’hystérie ». Si de nombreuses citations renvoient à des malades clairement identifiés, Freud aborde les différentes formes de ce qu’il interprète comme résistance, en mettant dans la bouche de ce « malade fictif » une condensation des paroles rapportées lors des différents cas exposés, comme si elles venaient de la même personne. Il n’y a plus que la pression de la main pour signifier le silence du malade :
Man besteht darauf, man wiederholt den Druck, man stellt sich unfehlbar, bis man wirklich etwas zu hören bekommt.
On exige, on répète la pression, on se montre infaillible (intransigeant) jusqu’à ce qu’on ait effectivement quelque chose à entendre19.
La situation transférentielle (ou la suggestion ?) est très clairement soulignée.
J’isole trois formulations, groupées telles qu’elles sont présentées ci-dessous. Elles illustrent la façon dont le patient peut, dans certains cas, désavouer une idée :
3. Jetzt ist mir etwas eingefallen, aber das haben Sie mir offenbar eingeredet, oder,
Maintenant quelque chose m’est venu à l’idée, mais c’est vous qui me l’avez manifestement mis dans la tête (fait croire/m’en avez persuadé), ou :
3a. Ich weiss, was Sie sich bei dieser Frage erwarten. Sie meinen gewiß, ich habe dies un jenes gedacht.
Je sais à quoi vous vous attendez en posant cette question. Vous croyez certainement que j’ai pensé ceci et cela20.
3b. Eine besonders kluge Weise der Verleugnung liegt darin, zu sagen :
Un mode particulièrement intelligent de déni (désaveu, démenti)21 consiste à dire :
Jetzt ist mir allerdings etwas eingefallen ; aber das kommt mir vor, als hätte ich es willkürlich hinzugefügt ; es scheint mir kein reproduzierter Gedanke zu sein.
À présent quelque chose m’est venu, il est vrai, à l’esprit mais cela m’apparaît comme si j’avais volontairement ajouté ça ; ça ne me semble pas une idée reproduite22 [traduction plus littérale].
Dans les trois énoncés, le « désaveu », par trois fois formulé de façon différente, porte sur l’origine de l’idée.
– Quelque chose « venu de l’autre »
* Une idée imposée
Dans la formulation 3, le patient est d’accord pour reconnaître que « quelque chose », une idée lui passe « à présent » par la tête. Cet adverbe évoque de façon implicite la main de Freud sur son front, à cet instant. L’analyste est non seulement à l’origine de cette idée, qui lui est littéralement tombée dessus, einfallen, – elle ne lui appartient donc pas – mais encore il entraîne le patient à la faire sienne. C’est un acte de persuasion qui s’effectue ouvertement.
* Cette idée appartient à un autre
La formulation 3a est introduite par « ou » à la manière d’une reformulation. Les paroles du malade présentent un renversement de situation : ce n’est plus l’analyste qui a un savoir sur le patient, mais le patient qui sait quelque chose à propos de l’analyste. Il sait, il pressent ce que l’analyste « attend », ce qu’il a à l’esprit à propos de « ceci et cela », dies und jenes, que lui, patient, aurait pensé ; il le sait, il l’a deviné à travers la question que lui pose Freud. Il interprète cette question comme une pensée que Freud lui prêterait. Mais il se fait prendre à son propre piège, cette interprétation est pour Freud un aveu.
Plus de vingt ans plus tard, une idée semblable est reprise et développée dans son article sur « La négation » (1925) :
Sie werden jetzt denken, ich will etwas Beleidigendes sagen, aber ich habe wirklich nicht diese Absicht.
Vous allez maintenant penser que je veux dire quelque chose d’offensant, mais je n’ai vraiment pas cette intention23.
De la même façon, le patient prête à l’analyste l’idée qui lui vient, ce qui lui permet de refuser d’en être à l’origine. Selon Freud, le message est à traduire ainsi : « J’ai réellement voulu dire quelque chose d’offensant. »
* Une pensée « originale »
La troisième citation 3b :
Jetzt ist mir allerdings etwas eingefallen ; aber das kommt mir vor, als hätte ich es willkürlich hinzugefügt ; es scheint mir kein reproduzierter Gedanke zu sein24.
peut se décomposer en quatre fragments. Par leur construction, trois d’entre eux rendent compte de l’idée que Freud veut faire passer. Le sujet de l’énonciation est représenté par un pronom circonstanciel d’attribution mir et le sujet qui conjugue le verbe ist (est), etwas (quelque chose) n’est pas celui de l’action. La traduction de « das kommt mir vor » par « je crois bien », dans les Œuvres complètes, est trop loin du texte, puisqu’elle fait du sujet de l’énonciation, le sujet de l’action.
Dans le premier fragment, l’adverbe allerdings, « il est vrai, (certes) » semble indiquer la soumission du patient à la main de Freud : il reconnaît qu’une idée s’est imposée à lui. Aber, « mais », il introduit une objection et là, comme le note Freud, le patient fait preuve d’une subtilité toute particulière ; il ne nie pas l’idée « das kommt vor » « cela se produit », c’est indéniable. Ce qu’il met en doute c’est la manière dont cette pensée est apparue. Als, « comme si », « hätte ich es willkürlich hinzuugefügt », « j’avais ajouté ça es volontairement ». En fait, comme si cette évocation avait été dictée par sa propre volonté. Le patient tente de reprendre la main et de faire sien ce qui lui a été attribué.
Le quatrième fragment présente un nouvel élément, conduisant le lecteur à sa conclusion sur la nature tout à fait particulière de ces pensées. « Ce n’est pas une pensée reproduite », fait dire Freud au patient, lui prêtant un niveau de connaissance qui réfère plus à la théorie psychanalytique qu’au langage parlé, comme si tous les deux partageaient à ce moment-là un même savoir.
L’objection du patient porte sur la nature de cette idée : ce qui lui est venu à l’esprit est neuf, original. C’est une évocation à la fois consciente et volontaire, en réponse à l’injonction de Freud. Autrement dit, en désavouant le fait qu’il y aurait répétition d’une pensée, il désavoue l’idée qu’il existerait des pensées dont il n’aurait pas conscience et qui feraient « retour » malgré lui.
Dans la plupart de ces formulations, les « patients » utilisent un double mouvement argumentatif. Le premier consiste à s’approprier l’observation formulée par Freud, tout en la minimisant de différentes manières, le second mouvement vient mettre en cause la validité de celle-ci ou du moins en restreindre nettement la portée.
Ce mouvement argumentatif, figure de rhétorique connue sous le nom de « concession » est un procédé argumentatif puissant. En effet, le locuteur A est entrainé à l’adhésion des thèses du locuteur B, puisque celui-ci lui offre à la fois l’argument et le contre-argument, lui coupant la possibilité de formuler lui-même ce contre-argument.
Le silence de « l’oublié » : du côté de la formule
En 1937, paraît Constructions dans l’analyse25, publié deux ans avant la mort de Freud. Il ne s’agit plus alors de forcer le patient à parler, mais de faire parler le silence de « l’oublié », en proposant au patient des « constructions », comme un « tableau fiable des années oubliées (…) tableau complet dans toutes ses parties essentielles ». La réponse du (des) patient(s) se situe au milieu d’un long passage dans lequel Freud étudie l’accueil réservé à ces constructions. Que le patient confirme ou infirme la construction, son attitude est toujours équivoque. Cependant il existe un mode de confirmation auquel « on peut absolument se fier », précise Freud. Et il propose à ses lecteurs l’énoncé suivant :
Das (daran) habe ich (oder : hätte ich) nie gedacht.
Je n’ai (ou n’aurais) jamais pensé cela (à cela)26.
Construit comme un exemple que l’on peut trouver dans les livres de grammaire pour illustrer une règle, cette formule condensée efface toute référence à un moment particulier de la cure ; le « Je », censé représenter le sujet de l’énonciation est amené à une sorte d’universalité, il englobe des « personnes les plus diverses », dont le trait commun est caractérisé par le fait qu’elles emploient ces énoncés « presque sans en modifier les termes ».
Dépliée, cette formule se décline en quatre propositions à la forme négative :
Das habe ich nie gedacht
Das hätte ich nie gedacht
Daran habe ich nie gedacht
Daran hätte ich nie gedacht
L’objet du « penser » est d’abord traduit par un pronom démonstratif das, cela, puis par l’adverbe démonstratif daran, à cela, comme s’il devenait plus imprécis. Ces énoncés se différencient aussi :
– par le mode du verbe, indicatif ou conditionnel, déterminant un champ de réalité différent : à l’indicatif, nous sommes dans un constat, dans la description d’une réalité constatée ; au conditionnel, nous sommes du côté d’une prise de position subjective ;
– par le lien instauré entre le « penser » et l’objet du « penser ». L’objet, soit présent d’emblée, das dans un lien direct et immédiat, soit inscrit dans un mouvement vectorisé, daran est tout aussi indéterminé que celui (ou ceux) qui l’évoque(nt).
Ouverture : une « leçon de Neutre »
Lorsque, après « une réponse assez réticente » Freud donne à sa patiente « la consigne » de se rappeler un souvenir concernant des douleurs d’estomac liées à des accès de zoopsie, celle-ci se rebelle : « Alors elle me dit d’un ton fort grincheux que je devais, non pas toujours demander d’où venait ceci et cela, mais la laisser raconter ce qu’elle avait à me dire. J’y consens27. »
En consentant à écouter la « leçon » d’Emmy, le silence auquel Freud s’oblige alors est issu d’un double mouvement : renoncement et acceptation : renoncer à imposer sa volonté, sortir d’une position de maîtrise, accepter de se taire et donc de suspendre son attente pour laisser un espace de liberté où la parole de sa patiente peut se déployer.
J’y consens : le silence passant du côté de l’analyste, affleure alors quelque chose du Neutre. Se dessinent les prémisses de l’invention de la psychanalyse.
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