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Février 2026

Ősvalami, ősvalami,
comme cela sonne étrangement pour moi [1]

 

 

On connaît peu la place inédite qu’István Hollós accorda à la folie dans le champ freudien. Sa facette de traducteur est encore moins connue. Sous la supervision de Sándor Ferenczi, il traduisit la Traumdeutung et, des années plus tard, avec Géza Dukes, Das Ich und das Es.

Dans le cas du Moi et le Ça, Hollós se trouva confronté à un problème qui paraissait insurmontable : trouver une expression hongroise adéquate. Celle-ci devait refléter le pari de Freud lorsque, s’inspirant de Groddeck, il choisit le terme allemand das Es pour désigner une instance de son appareil psychique.

L’attention que Hollós portait à l’origine de la langue parlée et aux mystères de la création des mots le conduisit à se rapprocher des écrivains et poètes hongrois d’avant-garde au début du siècle dernier. Sa relation avec Dezső Kosztolányi fut particulièrement féconde. Ensemble, ils élaborèrent un dictionnaire allemand-hongrois des principaux concepts psychanalytiques, dans lequel ils s’efforcèrent de faire correspondre à chaque terme allemand un équivalent sémantique en hongrois. C’est dans ce contexte d’écoute de la folie et d’invention langagière qu’apparut le néologisme ősvalami, destiné à rendre compte, en hongrois, du problématique terme freudien das Es.

Grâce à la générosité de György Karsai, les lecteurs francophones pourront accéder, dans la rubrique « Documents » de la revue neutre, à la traduction française de la préface qu’István Hollós et Géza Dukes rédigèrent pour la version hongroise du texte de Freud. En une page et demie seulement, les traducteurs exposent leur remise en question de la traduction de la notion freudienne alors en circulation en Hongrie, ainsi que les choix théoriques et linguistiques qui les conduisirent à adopter la trouvaille qui, dans un éclair, s’imposa à Kosztolányi.

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Notes

[1] Allusion à la phrase de Nietzsche « Le neutre, le neutre, comme cela sonne étrangement pour moi ! », citée par Maurice Blanchot en épigraphe de L’Entretien infini, París, nrf, Gallimard, 1969.

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