Du neutre en spychanalyse. Fin du paradigme trinitaire ?

2 octobre 2026 - 4 juin 2027

Annonce rectifiée
Séminaire 2026-2027

Du neutre en spychanalyse
Fin du paradigme trinitaire ?

George-Henri Melenotte et autres intervenants

 

 

Dans « Négligence de la spiritualité[1] », Jean Allouch convient que notre temps est bien celui de la mort de Dieu, depuis que Nietzsche l’a annoncée dans ces termes :

 

Mais tels sont les hommes qu’il y aura encore pendant des millénaires des cavernes dans lesquelles on montrera son ombre. Et nous, il faut encore que nous vainquions son ombre[2].  […]

 

Dieu ne peut pas disparaître par simple décret. Après sa mort, il faudra « vaincre son ombre ». Celle-ci se maintiendra longtemps jusque dans des cavernes oubliées du monde. Une question dès lors se pose : Et si la psychanalyse n’avait pas été capable de prendre acte de la mort de Dieu ? Quels sont alors les éléments religieux qu’elle continue de colporter ? Comment les neutraliser pour empêcher qu’elle ne vire à son tour à la religion ?

 

Là intervient la seconde analytique du sexe, proposition majeure de Jean Allouch sur la fin de l’analyse. Il propose le programme suivant :

 

Inscrire l’analyse, non plus dans un des secteurs de la psychologie, mais dans le champ de la spiritualité, ou pour mieux dire dans le champ des spiritualités, l’inscrire du même côté que la religion (Lacan, 13 novembre 1973) et ainsi éviter d’en faire une nouvelle religion, permet de revisiter à nouveaux frais des concepts tels que grand Autre, Nom-du-Père, phallus, etc., qui sentent encore le religieux, cela quoi que Lacan ait pu tenter pour chasser cette fatale odeur[3].

 

« Revisiter à nouveaux frais»  se dit lorsqu’on fait tabula rasa d’une proposition pour revisiter le tout ad integrum. On revisitera à nouveaux frais des concepts « qui sentent encore le religieux »! Faut-il donc tout  (je souligne ce tout) reprendre à zéro ? Par « fatale » est indiquée la persistance du religieux qui menace la psychanalyse. Au bout du compte, dans la seconde analytique du sexe, on revisitera toute la broderie odorante des concepts lacaniens. Parmi eux, le grand Autre, le Nom-du-père, le phallus élevés au rang de « concepts ». La liste est longue et elle n’est pas ici tout à fait complète.

 

Avec le réel, le symbolique et l’imaginaire, Lacan a de façon délibérée positionné la psychanalyse « du même côté que la religion ». Il l’a située au plus près de la trinité chrétienne. en pensant lui éviter de devenir une nouvelle religion. La stratégie était simple : en collant autant que possible à la religion, on la tenait à l’œil pour empêcher son annexion par l’Église catholique.

 

Il semble bien que cela ne fut pas suffisant. La religion s’est montrée tenace. La mort de Dieu n’a pas manqué d’être accompagnée par son ombre qui hante aujourd’hui bien des lieux. Parmi ses multiples figures, il y a la trinité lacanienne. Posée en position de paradigme dès 1953 par Lacan, elle a favorisé l’introduction subreptice du trinitaire chrétien dans le champ analytique. Au point d’en imprégner les principales notions. Jean Allouch a-t-il senti le danger ? En particulier, il l’a perçu dans l’advenue de la crise d’un vocabulaire lacanien érigé en dogme. Il a tenté d’y remédier partiellement en en inventant un nouveau. Ou, mieux encore, en empruntant celui d’un poète comme Antonin Artaud. On mesure combien son effort fut long et rude. Ne lui a-t-il pas fallu les trois volumes de L’ingérence divine ? Et rien ne permet d’assurer qu’il a réussi.

 

Sa reprise du neutre se propose-t-elle comme un acte de sortie de la religion ? Le neutre a pour fonction de contrecarrer l’effet du trinitaire chez Lacan. Il tente de déjouer tout remplacement paradigmatique qui réinstaurerait la présence de Dieu dans le champ psychanalytique. Mis à la place de RSI, le neutre empêcherait tout remplacement de la trinité par un terme qui porterait à son tour, comme une ombre, l’odeur de la religion. Il ne sert pas seulement à se démarquer du binarisme où dans bi- s’entend la biologie de la différence des sexes, mais aussi du trois trinitaire du christianisme.

 


Outil de l’échange :

Les séances du séminaire se tiendront sur zoom, le premier vendredi du mois, à partir du mois d’octobre 2026, jusqu’au mois de juin 2027. Pour la connexion zoom, il importe de donner son adresse électronique à George-Henri Melenotte : g-h.m@wanadoo.fr

Elles commenceront à 19 heures 45 (heure française). Merci de vous caler sur cette heure. Elles se termineront à 21 heures 45.

 

Dates :

2 octobre 2026, 6 novembre, 4 décembre, 8 janvier 2027, 5 février, 5 mars, 2 avril, 7 mai, 4 juin.

 

Organisation des séances:

Les séances du séminaire auront lieu en français ou en espagnol. Les séances seront composées en deux temps : une heure d’exposé, suivie d’une heure de discussion. Les textes des interventions seront adressés aux inscrits quatre jours avant chaque intervention. Cela leur permettra de préparer leurs questions.

 

Inscriptions :

  • L’inscription au séminaire permettra le financement de la revue neutre.
  • Tarifs des inscriptions : 30 euros (20 euros hors de France, 10 euros tarif étudiant).

 

Paiement : 


Notes

[1] Jean Allouch, « Négligence de la spiritualité », Entre Lacan et Foucault, 1983-2022, textes présentés par Guy Casadamont et Isabelle Châtelet, Paris, Epel, 2025, p. 219. Cette conférence donnée par Jean Allouch, à la suite d’une invitation par Matthieu Dupas et de l’Université Ann Harbour fut présentée par David Halperin, le 31 octobre 2012. Elle fut annoncée sous le titre « God is not dead : The neglect of spirituality in psychoanalysis and queer theory ».

[2] Frédéric Nietzsche, « Les luttes nouvelles », Livre III, 108, Le gai savoir, traduction par Alexandre Vialatte, Paris, Gallimard, coll. Idées, 1950, p. 152.

[3] J. Allouch, « Négligence de la spiritualité », op. cit., p. 233.

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